Soif

Bois au creux de mes lèvres la soif

Et le désir sans cesse renouvelés,

Ta bouche contre la mienne, abîmée

D’anciens baisers et de vides carafes.

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Et sous mes mains tes seins tels des grenades,

Pressés pour en faire jaillir

L’immortalité et tes soupirs,

Plus délicats que toutes les sérénades.

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Nos jambes mêlées, le figuier et son tuteur,

Tandis que dans cette tendre obscurité

Tu invites mes doigts tout au fond de la nuitée,

Là où l’espoir rencontre le bonheur.

/

C’est bien ce jasmin que je connais,

Qui fleurit au croisement de tes cuisses,

Qui pousse sous ce noir triangle, abysses

De gourmandise et que tu m’as données.

/

L’encens est consumé, et tu ordonnes :

Je m’exécute joyeusement,

Ma langue dans ce coquillage béant,

Mes doigts cueillent le plaisir que tu me donnes.

Divination

« And you wish to be a poet;

and you wish to be a lover » Virginia Woolf, « the waves »

Même les fleurs et les statues, qui dorment

Dans les forêts, dans les cimetières,

Pareillement immobiles à des ormes,

Pleurent en écoutant tes soupirs et tes prières.

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Tu es la bravoure de Judith nue,

L’Or gisant au fond du Rhin de mon cœur,

Et sous mes mains lointaines et ingénues,

Tremblantes et pâles, tes lèvres de douceur.

/

Contre ton sein rond et nu, la douleur,

Contre le mien, toujours l’angoisse,

Et la soif de cette goutte de sueur,

Perle au coin le plus charmant de ta face.

/

Dans les étoiles trouverai-je du sens

Aux rêves et aux mystères, qui me hantent

Et que je fais taire avecque patience,

Lorsqu’ils crient ta chevelure brillante.

Les graines de figues

« E, se fate ch’amando si consume

Men aspramente il mio infiammato core,

Pregherò che vi sieno amiche l’ôre,

Ogni ninfa silvestre ed ogni nume »

Gaspara Stampa (1523 – 1554)

Mes mains s’ouvrent pour tes yeux et tes cheveux,

Or et rubis des Shahs et des Rois,

Voici la rose, la rose rouge des Amoureux

Et des poètes, un pétale pour chaque mois.

/

O doux reflet du Divin dans mon cœur,

Profondément planté en mille morceaux

De ma vanité, tu fais saigner la douleur

Jusque dans des recoins abyssaux.

/

Reprendre mon souffle, pour écrire tous ces vers,

Qui demeurent en mon cœur dissimulés,

Graines de désir que des cavaliers

Ont fait germer de leurs sabots de fer.

O Mevlana qui connait l’amour de Dieu,

Et le parfum subtil de la poésie,

Quels thèmes, quels vers plairaient à sa fantaisie,

Réjouiraient son âme, son cœur et ses yeux ?

Telle une pierre, j’ai jeté mon cri dans l’eau
Et la regarde rebondir jusqu’à toi

De la mer au fleuve

C’est le cœur de l’Asie et du Monde,

Les yeux de Hussein et la bouche de Dieu

Au bord de la mer, au bout de l’enfer.

/

C’est un jardin d’Eden que chaque jour

Dévorent des doryphores, tous parés

D’impunités et d’indulgences, de bombes.

/

Sous le sable et la poussière, une mère

Une autre, a hurlé au Ciel muet et pâle,

En silence, les bras autour de son fils.

/

Auschwitz, Sbrebrenica, crânes tutsis,

Tous écrivent le nom de Palestine

Depuis leurs noirs tombeaux d’éternité.

/

Combien de larmes et de litres de sang

Encor, entre les barbelés, les sables

Et la mer et le Jourdain si lointain ?

/

Du haut du Golgotha raisonne parfois : « Mon Dieu !

Pourquoi les avez-Vous abandonnés !

Une goutte de Votre amour pour cette Terre ! »

/

Et puisque la rime est depuis longtemps futile,

Puisqu’il faut dire les choses essentielles

Rappelons simplement ces mots : Palestine libre.

« Pourquoi Hâfez a lâché le fil de Tes cheveux ?

Le destin est ainsi : qu’as-tu fait que tu n’aies lâché ? » Chams ad-Dīn Mohammad Chirâzi dit Hâfez

Entre ses cuisses dort un coquillage

D’où s’écoule la Voie Lactée, poussière

De souvenirs, de désirs et de nuages

Argentés, et aussi de misère.

/

Et il y a ce delta, triangle noir

Et magique, clef de mon Paradis

Qui m’ouvre vers mon propre miroir,

Et le fanā de cet ignorant érudit.

/

Ils ont tué Hussein, et je le vois

Revivre au creux de ton sein,

Jardin fleuri traversé de la Voie

Du sang des martyrs et des saints.

/

Je garde en mon cœur tel un chat qui dort,

Paupières closes sur ses yeux pers,

Le vin de l’Amour dans une coupe d’or

Pour hydrater mon cœur et mes viscères.

/

Et toi, toujours somnolente, nue dans l’aurore,

Soleil effleurant ta bouche, tes cheveux

Et ton mont aux grenades qui dort,

Sous ma main cachée comme un aveu.

/

Autour de mon index j’ai enroulé

Une mèche de tes cheveux, une prière,

Venue des profondeurs du passé,

Un poème délicat comme du verre.

Obsession

« Respecte mon silence, je t’en prie

Le silence est mon arme la plus puissante

N’as-tu senti mon éloquence quand je me tais

La beauté de ce que je dis

Quand je ne dis rien » Lettres d’amour, Nizar Kabbani

Plonger mes doigts dans cet immense verger

Noir, me remémorer l’oubli, les sourires,

Tes soupirs au bout de mes doigts accrochés,

Et tes yeux profonds à en mourir.

/

Je dégringole au fond de ces abîmes

Dantesques, titanesques douceurs, en enfer,

Et boit le Léthé entre tes lèvres sublimes,

Doux pétales qui apaisent ma colère.

/

Tudum, tudum – sous mon oreille, bat ton cœur,

Enfermé dans son cercueil d’os et de chair,

Hurlant de désir avecque ardeur

Pour mes baisers de feu et de verre.

Ya Nabi

« […] Qui possède un cœur généreux

Jamais ne craint de s’arrêter

A l’endroit où l’on peut passer

Si ce n’est au plus périlleux

Rien ne lui cause satiété

Et elle monte tant sa foi

Qu’il goûte à un je ne sais quoi

Que d’aventure on peut trouver » Jean de la Croix

Dans la nuit je cherche l’Illumination

Et l’abandon, telle la chauve-souris;

Et dans l’obscurité, dans l’aliénation,

Je trouve tes douces lèvres sans bruit.

/

Ainsi est le sage cherchant l’Extinction

Dans les ténèbres et le froid, dans le vertige

De Son Amour, les replis de son affliction

Et dont l’esprit sans cesse tourne et voltige.

/

« Seigneur, implore cet homme, rendez-moi

Chaste », mais avecque délai, supplie-t-il,

Torturé par l’Enfer dans son cœur trop froid

Ou trop chaud, et hélas toujours futile.

/

J’aime mes yeux et ce cœur davantage

Que la nuit de tes yeux, les coupoles

De tes seins, ou ta voix de nuage,

Car ils te voient, telle une antique idole.

/

Combien de tulipes, à Kerbala, sous tes pieds

Et entre nos mains; quarante au moins,

Pas une plus belle que ton ris de guerrier,

Ou que tes jolis doigts aux ongles peints.

« Dieu en témoigne ! Qu’aucun soleil ne se lève ni se couche
Sans que Ton amour soit uni à mes souffles »

Mansur al-Hallaj

Au bout de ce bâtonnet d’encens

J’ai allumé mon Cœur

A Ta flamme, ô Seigneur,

Sous ton Ciel je suis l’Aimé et l’Amant.

/

O mon foie, ma Passion, mon Jardin

Aux quatre-vingt dix-neuf noms, tes yeux

Qui regardent mais ne voient point,

Et tes cils courbés en ailes sur tes yeux amoureux.

/

Et ma plume est une épée contre l’enfer

Qui brûle dans mon cœur et mes reins,

Dans mon sein depuis les plus froids déserts,

Traçant des poèmes de feu en vain.

/

Que servent les Livres et les Révélations

A un Peuple injuste et égaré,

Et voué à l’Eternelle Damnation,

Car coupable d’avoir crucifié ?

/

Une fois encore, sur la Croix la Vérité

Saigne, écorchée par la lame du mensonge,

Et nous buvons les larmes de pitié

Depuis le profond divan de nos songes.

A onda

« Un jour tu me conduiras totalement au-delà de moi-même.

Je ferai ce que les anges ne peuvent faire.

Tes cils écriront sur ma joue

Le poème jamais imaginé »

Djāllal ad-Dīn Rûmî

Magellan ne pourrait faire le tour de ton cœur

Écorché, dans les tourments que soulève

Ta poitrine dorée par la douleur

Et le sable, et les vagues jetées sur la grève.

/

C’est là que fleurit tout un jardin de roses,

De tulipes et de violettes, comme des larmes

Qui ont germé sous la lame morose

Du temps et des hommes, qui pousse tel un charme.

/

Au coin nacré de ta bouche pousse ma vigne,

Mon ivresse et tous les mots que je retiens

Tout au fond de mon âme chagrine,

Et dans ma bouche comme le plus lourd des vins.

/

A tes boucles de cachemire, j’ai accroché

Mes voeux de bonheur et mes secrets désirs,

A la lune gibeuse et pleine murmurés,

Qui seule connaît ces muets plaisirs.

El quds el atika

Les quatre membres brisés, le souffle court,

Il gisait sur le sol de marbre, bouquet

De tulipes sur une tombe, discours

Final d’un révolutionnaire blessé.

/

Alors les chevaliers demandent au poète :

« Qu’est-ce qui t’a doncque radicalisé ?

Pourquoi as-tu fui les palais et les fêtes,

Les châteaux des seigneurs les plus aisés ? »

/

Tournant un œil torve et rouge, son rire éclate

Entre le rugissement du tigre jaune,

Le hullulement du hibou, écarlate,

Pour un inventaire macabre et monotone.

/

« C’est Dieu qui se tait sous le flot salé

Des larmes de milliers de mères, de Kyiv à Gaza,

C’est le feu qui ronge des Cieux voilés

Et l’acier qui dessine un noir ghazal.

/

Sous des tombes sans nom dorment mi vifs

Mi morts, des générations d’enfants

Fauchés par le vent, sous le regard passif

D’adultes criminels, silence étouffant.

/

Ce sont des oliviers et des tournesols

En flammes, brisés sous les chars et les haches,

Bras gémissant en s’extirpant d’un sol

Couvert de corps secs qu’on cache sous des bâches.

/

C’est le vautour dévorant le cœur carmin

De la colombe, déplumée; ô Mevlana

Que me servent tes vers et l’eau du Jourdain

Pour soigner les corps, dis-moi donc, hodja ?